La chair et la pierre 01 (2023)
Livre A4 sur papier couché contenant 80 pages, il est fait de manière a ressembler à un catalogue de publicité.
"La chair et la pierre" se déploie comme une recherche visuelle continue inspirée par l'essai éponyme de Richard Sennett, qui dévoile l'histoire de la ville à travers le prisme des expériences corporelles. Voyageant de Marseille à Paris, ce projet photographique plonge au cœur des manifestations tangibles de la vie en milieu urbain, capturant non seulement ce que nous voyons et entendons, mais également ce que nous ressentons, mangeons, portons, comment nous nous déplaçons, nous lavons et aimons. Le récit se tisse simultanément avec mes propres expériences en tant qu'individu issu de l'immigration, occupant des métiers “en tension” à la fois en cuisine et en tant qu'auxiliaire de vie. Cette dualité de perspectives offre une réflexion approfondie sur l'impact délétère du capitalisme sur les corps. La fatigue persistante, la lourdeur des jambes, toutes ces manifestations physiques d'une réalité souvent abstraite. La nécessité de vivre cette expérience pour en saisir toute la profondeur devient évidente. Les corps dans le métro, les mains, les pieds, tous témoignent d'une épuisement palpable, parmi lesquels se trouve le mien.Enraciné dans l'histoire de la civilisation occidentale, ce récit explore la répugnance historique envers la reconnaissance de la dignité et de la diversité du corps humain. Il dévoile comment cette répugnance se traduit insidieusement dans l'architecture, l'urbanisme et la planification, notamment dans la conceptualisation de l'espace. L'expérience personnelle de l'immigration amplifie ces observations, soulignant comment les corps, en particulier ceux issus de l'immigration, sont souvent les plus exploités dans cette machine implacable qu'est le capitalisme. Une nouvelle manière de voir le monde à travers la chair et la pierre, l’intime et le dehors, la peau et l’espace. L’humain et le non-humain. C'est une ode visuelle à la résilience des corps, en particulier ceux qui ont traversé les frontières, portant les stigmates d'une expérience façonnée par le capitalisme dans sa forme la plus brutale.